Pendant des semaines, les rumeurs d’enlèvements d’enfants ont semé la terreur dans les familles togolaises, alimentées par des messages angoissants circulant à toute vitesse sur WhatsApp et Facebook. Ce vendredi 13 mars 2026, le gouvernement a mis fin au suspense lors d’un point de presse réunissant plusieurs ministres.
Face à la presse, les ministres de la Communication Yawa Kouigan, de la Sécurité Col Calixte Madjoulba, des Droits de l’homme Me Pacôme Adjourouvi et de l’Administration territoriale Col Hodabalo Awaté ont livré ce qu’ils ont appelé un « point d’étape transparent et documenté » sur les cas de disparitions.
Les chiffres clés de l’enquête sur les cas de disparitions au Togo
Un mois après la création de la commission spéciale d’enquête, les chiffres sont désormais connus :
- 102 cas de disparitions inquiétantes recensés entre le 1er décembre 2025 et le 31 décembre 2026
- 74 cas d’enlèvement présumé
- 86 personnes retrouvées vivantes, soit 84,32% des signalements
- 63 mineurs retrouvés (25 garçons et 38 filles)
- 23 majeurs retrouvés
- 16 personnes toujours activement recherchées
Des chiffres qui viennent contredire l’ampleur de la psychose qui s’est emparée de l’opinion ces derniers mois.
88% des cas dans le Grand Lomé
La carte des signalements révèle une concentration massive des cas dans la capitale et ses environs. « 88% des cas ont été enregistrés dans le Grand Lomé », a indiqué le gouvernement. Une concentration qui s’explique par plusieurs facteurs propres aux grandes agglomérations : densité démographique élevée, tension sociale plus marquée, exposition accrue au numérique, mobilité importante des populations et fragilité familiale plus fréquente qu’en milieu rural.
Aucun réseau criminel identifié
Point crucial de cette communication : aucune preuve d’un réseau criminel organisé n’a été découverte à ce stade des enquêtes. « Aucun élément ne permet d’établir l’existence d’un réseau d’enlèvement de personnes, surtout dans la capitale », a déclaré le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Me Pacôme Adjourouvi.
Les causes identifiées sont bien plus prosaïques :
- Fugues liées à des tensions familiales
- Départs volontaires
- Insuffisance d’encadrement parental
- Situations de vulnérabilité sociale ou individuelle
Le gouvernement n’a pas caché son agacement face à ce qu’il considère comme une psychose injustifiée, largement alimentée par les réseaux sociaux. « Les réseaux sociaux ont inévitablement aggravé la situation. Ils ont, dans plusieurs cas, amplifié la peur et la diffusion des informations non vérifiées », a souligné le ministre.
Un avertissement clair a été lancé : « Ils peuvent être utiles pour alerter sur des drames, mais ils ne peuvent pas se substituer aux enquêtes. » Me Pacôme Adjourouvi a rappelé le cadre légal : « Toute publication, diffusion ou composition de fausses nouvelles de nature à troubler la paix publique est punie par la loi », citant l’article 497 du Code pénal et l’article 153 du Code de la presse.
Les mesures annoncées
Pour prévenir de nouveaux cas et renforcer la sécurité, plusieurs actions ont été décidées :
- Création d’une base nationale centralisée des personnes disparues
- Renforcement des patrouilles et du contrôle des flux migratoires
- Campagnes de sensibilisation auprès des populations sur les dangers des promesses de gains faciles
- Modernisation du laboratoire de criminalistique numérique pour lutter contre la désinformation
- Implication renforcée des autorités locales, des collectivités territoriales, des unités communautaires et des chefferies traditionnelles à travers des actions de sensibilisation
Le gouvernement appelle également les familles au dialogue et les citoyens à la coopération avec les services de sécurité.










