Les révélations publiées par Forbidden Stories en janvier 2026, attribuées au Service de renseignement extérieur russe (SVR), éclairent d’un jour nouveau l’évolution récente des relations entre Lomé et Moscou.
Ces documents internes, datés de septembre 2024, évoquent une « observation stratégique » du Togo par la Russie. Le Togo, par sa position géographique et son potentiel stratégique dans le golfe de Guinée, est devenu un partenaire privilégié de Moscou. L’année 2025 a été en effet marquée par un raffermissement de l’axe Lomé-Moscou.
Le verrou stratégique du port de Lomé
Le 19 novembre 2025, au Kremlin, le président russe Vladimir Poutine et son homologue togolais Faure Essozimna Gnassingbé ont signé un accord donnant un accès réciproque aux infrastructures portuaires des deux pays. La Russie obtient alors un accès privilégié au port autonome en eau profonde de Lomé.
Un accord militaire structurant, un rapprochement politique et culturel ciblé
En juillet 2025, Lomé et Moscou signaient un accord intergouvernemental de coopération militaire visant à développer des relations à long terme : formation, échanges d’expertise, coopération technique. Lors de la rencontre de novembre 2025 à Moscou, les deux chefs d’État ont également annoncé l’ouverture d’ambassades mutuelles en 2026 et signé un accord-cadre couvrant : la sécurité, l’agriculture, les infrastructures et l’éducation : notamment via des bourses pour des étudiants togolais ou via des événements culturels.
Un contexte sécuritaire sous tension
Depuis 2022, le nord du Togo est confronté aux attaques djihadistes du JNIM. Cette pression sécuritaire fragilise l’État et alimente les frustrations. Dans le même temps, la crise régionale s’est intensifiée. En décembre 2025, après une tentative de coup d’État au Bénin, le lieutenant-colonel Pascal Tigri aurait trouvé refuge à Lomé. Cet épisode a renforcé les tensions diplomatiques et mis en lumière la porosité sécuritaire régionale. Cela créé au Togo une insécurité persistante, et une méfiance envers les partenaires traditionnels, recherche d’alternatives stratégiques.
La Russie : une alternative fiable ?
Le raffermissement de l’axe Lomé–Moscou en 2025 ne signifie pas automatiquement que le Togo perd sa souveraineté au profit de la Russie. Mais les révélations des documents attribués au SVR posent une question essentielle de transparence et d’intention.
Si la stratégie russe était planifiée dès septembre 2024, cela suggère que le rapprochement relève d’un schéma d’influence structuré. Or, l’expérience d’autres pays africains montre que les partenariats russes, souvent centrés sur la sécurité et les ressources stratégiques, peuvent s’accompagner d’une dépendance accrue, d’une opacité contractuelle et d’un déséquilibre dans les bénéfices réels à long terme.
La question centrale demeure : le Togo saura-t-il maintenir un équilibre stratégique entre diversification de ses partenariats et préservation de sa souveraineté décisionnelle ?











