Un nouveau débat sur la symbolique républicaine agite la classe politique. Jean-Pierre Fabre, président national de l’Alliance nationale pour le changement (ANC), a adressé une lettre publique au Président de la République, Jean-Lucien Savi de Tové.
L’opposant politique dénonce ce qu’il considère comme une violation de l’esprit de la nouvelle Constitution. Au cœur de la polémique : la multiplication du portrait de Faure Gnassingbé, en tant que Président du Conseil, dans les édifices publics à la place de celui du Chef de l’État.
Dans sa missive relayée par plusieurs médias locaux, le leader de l’opposition s’alarme d’une pratique observée dans les préfectures, écoles et tribunaux. Il note que l’effigie qui s’affiche n’est plus le portrait présidentiel officiel de Faure Gnassingbé sous l’ancienne constitution, mais bien celui de sa nouvelle fonction de Président du Conseil, instaurée par la Vᵉ République parlementaire effective depuis mai 2025.
Une substitution contre l’esprit de la Constitution, Selon Jean-Pierre Fabre
Pour Fabre, ce geste est loin d’être anodin. Il y voit une « violation patente de l’esprit et de la lettre de la Constitution ». Il s’appuie sur l’article 40 du texte fondamental, qui stipule que « Le Président de la République est le Chef de l’État. Il symbolise l’unité nationale. »
L’opposant rappelle que dans les régimes parlementaires classiques (comme en Allemagne ou au Royaume-Uni), c’est l’image du chef de l’État, figure neutre et arbitrale, qui orne seule les institutions, et non celle du chef du gouvernement qui détient le pouvoir exécutif. La situation inverse observée au Togo signifie, selon lui, que « le Président de la République, dans cette 5ᵉ République, est un machin, un objet de décoration, une institution potiche ».
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Une dénonciation d’un « parlementarisme de façade »
Au-delà du symbole, Jean-Pierre Fabre pointe une contradiction fondamentale qu’il qualifie de « faille constitutionnelle abyssale ». Il estime que la nouvelle Constitution, en créant la fonction de Président du Conseil, omet délibérément de préciser qui nomme les ministres et selon quelle procédure.
Le décret du 8 octobre 2025 portant composition du gouvernement, signé par Faure Gnassingbé, serait donc juridiquement « un acte de pure usurpation de compétence », « sans aucun fondement constitutionnel ». Cette critique s’inscrit dans une analyse plus large où l’opposant dénonce un « parlementarisme de façade », conçu non pour partager le pouvoir mais pour « perpétuer indéfiniment le pouvoir en place ».
La lettre s’achève par un appel pressant au Président Savi de Tové, juriste de formation. Jean-Pierre Fabre l’exhorte à assumer son devoir constitutionnel et éthique : « Pour un homme politique responsable, la fonction crée le devoir ».










