Guerre au Soudan : tout comprendre sur le conflit qui déchire le pays

Guerre au Soudan : tout comprendre sur le conflit qui déchire le pays

Le Soudan est à nouveau ravagé par la guerre. Depuis 2023, les combats entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR), une puissante milice paramilitaire, ont plongé le pays dans le chaos.

En octobre 2025, la prise d’El-Facher, dernière grande ville contrôlée par l’armée dans la région du Darfour, marque un tournant majeur du conflit. Les Nations unies parlent aujourd’hui de la pire crise humanitaire au monde.

La chute d’El-Facher : un tournant dans la guerre

Le 26 octobre 2025, les Forces de soutien rapide (FSR) ont annoncé avoir conquis El-Facher, au terme de 18 mois de siège. Cette victoire leur permet de contrôler l’ensemble du Darfour, une région vaste comme la France métropolitaine. Depuis, plus de 100 000 habitants ont fui, rejoignant les 12 millions de déplacés recensés depuis le début du conflit. La guerre a éclaté le 15 avril 2023 à Khartoum, capitale du pays, à cause d’une rivalité entre deux généraux : Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’armée et président du Conseil de transition et Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemetti, leader des FSR. Anciens alliés lors du coup d’État de 2021, les deux hommes se sont déchirés pour le pouvoir, plongeant le Soudan dans une guerre fratricide. Aujourd’hui, l’armée contrôle le nord et l’est du pays, tandis que les FSR dominent le sud et l’ouest.

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Des exactions massives contre les civils

Depuis la chute d’El-Facher, les témoignages d’horreur se multiplient : exécutions sommaires, viols, pillages, attaques contre les humanitaires, enlèvements… Selon Médecins sans frontières (MSF), 460 personnes ont été tuées dans une maternité à El-Facher. Des survivants racontent des scènes de terreur : des familles séparées, des hommes exécutés ou écrasés par des véhicules militaires. Le chef humanitaire de l’ONU, Tom Fletcher, dénonce des “violences ethniques systématiques” et parle d’exécutions de masse. La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, visant les deux camps.

Une population à bout de souffle

Les conséquences humanitaires sont catastrophiques. La famine s’étend à toute vitesse, notamment dans le Darfour et le Kordofan. Selon l’ONU, 24 millions de Soudanais souffrent d’insécurité alimentaire sévère. À El-Facher, 65 000 civils ont fui les combats, mais des dizaines de milliers restent pris au piège. “La crise horrifiante au Soudan devient incontrôlable”, a alerté le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Les ONG tirent la sonnette d’alarme : les civils noirs sont particulièrement visés par les FSR, héritières des milices Janjawid, responsables de génocides dans les années 2000.

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Le Kordofan, nouveau champ de bataille

Les combats se concentrent désormais dans la région pétrolière du Kordofan, à l’est du Darfour. Les FSR tentent de s’emparer de la ville d’El-Obeid, un nœud stratégique reliant le Darfour à Khartoum. “Les paramilitaires visent désormais le contrôle total du pays, jusqu’à la capitale”, analyse Jean-Marc Gravellini, chercheur à l’Iris.

Les puissances étrangères impliquées

Le conflit soudanais dépasse largement les frontières du pays. L’armée reçoit le soutien de l’Égypte, de l’Iran, de la Turquie et de l’Arabie saoudite, qui joue le rôle de médiateur. Les FSR, elles, sont appuyées par les Émirats arabes unis, le Tchad, et les forces libyennes du général Khalifa Haftar. La Russie, via la milice Africa Corps (ex-Wagner), fournit des armes et du carburant aux FSR tout en entretenant des liens avec le régime militaire.

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Malgré des négociations menées par les États-Unis, l’Égypte et les Émirats, aucun accord de paix n’a été trouvé. Les diplomates peinent à convaincre les deux camps de cesser le feu, tandis que la communauté internationale est accusée d’“oubli” et d’“inaction coupable”.

Vers une partition du Soudan ?

La chute d’El-Facher pourrait marquer le début d’une nouvelle partition du pays, déjà amputé du Soudan du Sud en 2011.
“Tous les ingrédients sont réunis pour que le conflit s’enlise”, prévient Gravellini. Face à la désintégration progressive du territoire, les Nations unies redoutent un scénario à la syrienne : un État effondré, des milices hors de contrôle et une population prise au piège.

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