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Ils ne peuvent ni lire une ordonnance médicale, ni remplir un formulaire administratif, ni même vérifier un reçu. Ils sont plus de 1,3 million de togolais analphabètes à vivre avec cette réalité.
Un chiffre vertigineux qui frappe de plein fouet les populations les plus vulnérables, en particulier les femmes. Une situation qui a poussé les autorités à tirer la sonnette d’alarme lors d’une table ronde organisée le vendredi 23 octobre à Lomé.
Derrière ces statistiques se cachent des difficultés quotidiennes. Une commerçante qui ne peut pas tenir ses comptes sans l’aide d’un tiers, une mère qui ne parvient pas à lire la posologie d’un médicament pour son enfant, ou encore un agriculteur qui peine à accéder à un crédit bancaire.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il persiste. Les femmes paient le plus lourd tribut. Selon les données présentées, elles constituent la majorité des personnes analphabètes au Togo. L’écart avec les hommes reste important, rappelant les inégalités d’accès à l’éducation qui ont longtemps prévalu.
Les zones rurales sont également plus touchées que les centres urbains, où l’accès à l’école a été plus rapide et plus généralisé. Pour les générations qui n’ont pas eu la chance de s’asseoir sur les bancs de l’école, ou qui les ont quittés trop tôt pour travailler, l’écriture et la lecture demeurent un mystère.
Pour combattre ce fléau, des programmes existent. Ils sont dispensés en français, mais aussi dans plusieurs langues nationales, notamment l’éwé, le kabyè, le tem et le ben. Le problème n’est pas l’absence de solutions, mais le manque de moyens pour les déployer.
Les chiffres donnent le tournis. Pour la période 2024-2025, le financement prévu s’élevait à 4 milliards de FCFA. Mais dans les faits, seulement 403 millions ont pu être mobilisés. Soit moins de 10 % des ressources attendues. Une déconvenue majeure pour la Stratégie nationale d’alphabétisation et d’éducation non formelle.
Face à cette situation, le Dr Mazama-Esso Minza, directeur de cabinet du ministre des Solidarités, a tenu à expliquer les raisons de ce retard. « Le Togo avait souscrit, à l’instar des autres États membres de l’UNESCO, à l’engagement consistant à consacrer 3 % du budget à l’éducation à l’alphabétisation des adultes. Cependant, les multiples crises économiques, sécuritaires, sanitaires et les tensions inflationnistes ont considérablement affecté les capacités budgétaires », a-t-il déclaré.
Pour tenter de combler le vide, l’État s’est tourné vers les partenaires techniques et financiers. Deux projets ont été présentés lors de cette table ronde : le Projet d’appui à l’alphabétisation des jeunes et adultes des groupes organisés (PAJAGO) et le Projet d’appui à l’éducation non formelle. L’objectif est de convaincre les bailleurs de la pertinence de ces initiatives.

L’alphabétisation est souvent considérée comme le parent pauvre des politiques éducatives, car elle est moins visible que la construction d’écoles. Pourtant, les experts sont formels : elle est transversale. Comme l’a souligné le directeur national de DVV International, l’alphabétisation améliore les résultats dans la santé, l’agriculture et le commerce.
Sans moyens suffisants, des millions de Togolais analphabètes resteront à l’écart du développement. La balle est désormais dans le camp des partenaires internationaux, appelés à renforcer leur soutien pour que l’écriture ne soit plus un privilège.