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Assassinat de Sylvanus Olympio : 13 janvier 1963, la nuit où le Togo bascula

Assassinat de Sylvanus Olympio : 13 janvier 1963, la nuit où le Togo bascula

Le 13 janvier 1963 reste une date charnière et douloureuse dans l’histoire du Togo. À l’aube de ce jour, le premier président de la République, Sylvanus Olympio, était assassiné lors du premier coup d’État militaire qu’ait connu le jeune État, indépendant depuis seulement trois ans.

Cet événement tragique a brutalement interrompu l’expérience démocratique naissante et plongé le pays dans une instabilité qui a façonné son destin politique pour des décennies. Soixante-trois ans plus tard, les circonstances exactes de sa mort et le rapatriement de sa dépouille continuent de susciter débats et divisions.

Contexte de l’assassinat du 13 janvier 1963 : austérité, armée et souveraineté monétaire

L’assassinat de Sylvanus Olympio n’est pas un accident de l’histoire. Il survient dans un contexte de fortes tensions. Le président, élu à la tête du Parti de l’Unité Togolaise (PUT), menait une politique d’austérité budgétaire et de souveraineté économique qui heurtait plusieurs fronts.

Deux dossiers brûlants sont au cœur de la crise :

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Image : United Archives/imago images
  1. L’intégration des anciens militaires : Des vétérans togolais démobilisés de l’armée française réclamaient leur intégration dans la petite armée nationale. Olympio s’y opposait, invoquant des contraintes budgétaires.
  2. La réforme monétaire : Le président était un critique du franc CFA et du « compte d’opération », un mécanisme qu’il jugeait défavorable à la souveraineté économique du Togo. Sa volonté de s’émanciper de l’influence monétaire française a été perçue comme une menace par certains intérêts.

Dans la nuit du 12 au 13 janvier 1963, un groupe de militaires mené par Emmanuel Bodjollé prend d’assaut la résidence présidentielle. Olympio, tentant de se réfugier à l’ambassade des États-Unis, est intercepté et tué. Le témoignage d’un officier de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) a par la suite pointé un soldat français comme le tireur, sans que les commanditaires ne soient clairement identifiés.

De l’instabilité à la « stabilité » : la longue ombre du 13 Janvier

Les conséquences de l’assassinat de Sylvanus Olympio sont immédiates et durables. Un gouvernement provisoire est formé, puis Nicolas Grunitzky est installé à la présidence. La stabilité reste précaire. Quatre ans jour pour jour après le premier coup d’État, le 13 janvier 1967, un nouveau putsch porte au pouvoir le lieutenant-colonel Gnassingbé Eyadéma, qui instaurera un régime qui dominera la vie politique togolaise pendant près de quatre décennies.

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Défilé Gnassingbé Eyadema

Ainsi, le 13 janvier est une date qui résonne doublement : elle marque à la fois la fin violente de la première expérience démocratique et le point de départ, quatre ans plus tard, du régime qui bâtira l’État stable togolais. C’est cette dualité, tragédie fondatrice et point de départ d’une ère nouvelle, qui en fait une date « hautement symbolique ».

Le débat sur le rapatriement des restes

La mémoire d’Olympio et les circonstances de sa mort le 13 janvier 1963 n’ont jamais été pleinement apaisées. Aujourd’hui, le débat public est relancé autour du rapatriement de sa dépouille, qui repose à Agoué, au Bénin.

La médiatrice de la République, Awa Nana-Daboya, a évoqué cette possibilité au nom de la réconciliation nationale, suivant les recommandations de la CVJR. Cependant, la famille Olympio, par la voix de l’analyste Ekue Foly Gada, ancien conseiller de Gilchrist Olympio (fils de Sylvanus), avance des raisons complexes pour son refus passé. Dans une interview avec DW, il évoque le contentieux frontalier historique avec le Bénin et la conviction que le site actuel de sa sépulture fait culturellement partie du Togo.

La question dépasse le simple retour d’une dépouille. Elle touche à la reconnaissance historique, à la guérison des mémoires et à la manière dont le Togo contemporain assume et intègre les pages les plus sombres et les plus fondatrices de son histoire. 63 ans après, le 13 janvier invite moins à célébrer qu’à comprendre et se souvenir, pour continuer à construire l’unité nationale sur des fondations de vérité assumée.

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